Photographie – quelques recherches contemporaines

 

La poésie nomme, préserve, et prend sous sa garde ce qu’elle considère. Je ne peux photographier un visage ou un arbre qu’en sachant que ma manière de le montrer n’en épuise nullement la présence, que cette présence est d’une ampleur toujours neuve. Le photographe-poète assume que sa manière de photographier ne saisit rien, qu’au sens habituel du terme, il ne fait pas d’image – qu’il ne faut surtout pas que sa photographie devienne image. (…)

 

Etre photographe c’est d’abord inventer sa discipline, c’est-à-dire élaborer peu à peu une direction à partir de laquelle du visible peut apparaître. Passer de la perception à la vision.  (…) La photographie est cet espace permettant, au prix d’une ascèse terrible, que quelque chose du réel se montre enfin. Terrible par ce que la photographie est de l’ordre du miracle – elle n’apparaît qu’avec la destruction de la masse des images que l’on connaît et qui nous empêchent de voir quoi que ce soit. Paul Celan note en ce sens : « J’avais compris que l’homme n’endurait pas seulement les chaînes que lui imposait sa vie extérieure, mais qu’il était également bâillonné, qu’il lui était interdit de parler – et quand je dis parler, je pense à la sphère entière des moyens d’expression de l’homme – parce que ses mots (gestes et mouvements) étouffaient sous le poids millénaire d’une fausse bonne foi, d’une bonne foi déformée – quoi de plu contraire à la bonne foi que d’affirmer qu’au fond quelque part ces mots sont restés les mêmes ! » (…)

 

Le haïku comme la photographie donnent l’illusion d’être évidents : écrire trois lignes, appuyer sur le déclencheur. Or il y a une méprise, leur simplicité doit être gagnée par un travail patient. (…)

 

Etre photographe, c’est d’abord penser le monde photographiquement. Cela ne peut se décider par une décision volontaire, mais se gagne pas  à pas, dans l’épreuve pour apprendre à regarder tout autant le monde que son propre travail. L’un n’apparaissant que dans le dialogue avec l’autre. Impossible de se satisfaire de ce qui a été vu au moment de photographier ; car le vu véritable réside dans la photographie – qui en est la nomination.

 

Fabrice Midal, extraits de La Photographie, éd. Du Grand Est 2007

 

 

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Pachacuti – une recherche de Faustine Ferhmin

 

                                                                                                                                               Avec  le régime de la ruine et du vestige, la photographie a une longue histoire. N’ayant guère à sa disposition que l’instant, la photographie n’est toutefois confrontée qu’à des durées, et parmi toutes celles-ci, au sein d’un spectre quasi infini, la ruine se présente à son appel comme une sorte de défi. Or ce défi a, pour l’essentiel, été relevé en noir et blanc, dans l’attaque noire et blanche de la lumière – où, entre relevé topographique et intention artistique, dorment quelques incunables – et dans le contexte culturel de la provenance occidentale, c’est-à-dire dans le monde antique gréco-romain, égyptien et moyen-oriental. Les images que Faustine Ferhmin a saisies dans la partie septentrionale du Pérou rompent avec cette tradition de deux manières, parce qu’elles sont en couleurs et, bien sûr, parce qu’elles touchent à des cultures précolombiennes disparues, totalement étrangères à l’orbe occidental (qui, comme on le sait, l’a fait savoir à leur héritier, l’empire Inca, de la pire des façons).

 

Sans doute ces images de ruines ou de formations rocheuses ne sont pas les premières à témoigner, en couleurs, d’un lointain temporel  et spatial échappant à l’Occident et qui le fascine – on pourrait même dire que les photographies

en couleur de certains sites (on peut au moins citer ici celui de Machupicchu, dans le monde andin, et d’Angkor, dans le monde asiatique) sont devenues, au même titre que certains bâtiments non ruinés ou certains paysages, des icônes de l’ère touristique. Mais c’est avec cela aussi que rompt, de manière radicale, Faustine Ferhmin. Car s’il y a un appel au voyage dans ce qu’elle montre, il n’est certes pas claironné mais résonne comme la profondeur ressentie et éteinte de l’écho qu’on en entend une fois qu’on est sur place, devant les choses, devant cet aspect neutre et indifférent des choses qui résiste à leur élan vers le sublime et les installe dans l’existence et l’appropriation.

 

 

Les images montrent donc des ruines, notamment celles, fameuses, de la Huaca del Sol dans la province de La Libertad, et des formations rocheuses en forme d’immenses pierres dressées, notamment celles de Cumbe Mayo, dans la province de Cajamarca, à environ 3500 mètres d’altitude.

 

 

Jean-Chistophe Bailly, extrait de Miradas cruzadas-regards croisés, Centre de l’image de Lima 2009

 

 

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