Isabelle Battolla
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Sculptures

Coquille vide, porcelaine de Limoges, 65x45x 50cm, 2009

Vue de l'exposition, Halle Nord, 2009

Vue de l'exposition, Halle Nord, 2009

Aile d’ange, porcelaine, 90x50x28cm, 2009

De mon rêve j’ai
Sauté dans le tien. Marina Tsvétaïeva
Les porcelaines aquatiques d’Isabelle
Battolla et l’océan de Siripoj Chamroenvidhya semblent issus de deux
mêmes questions. L’une porte sur notre perception des textures :
regardons-nous différemment une sculpture ou un dessin ? L’autre
porte plutôt sur la nature du lien entre la perception et
l’imaginaire.
Isabelle renforce la première
question en posant ses sculptures à hauteur des yeux. Elle modifie
ainsi nos habitudes de regard en nous poussant à regarder la
sculpture comme nous regarderions un dessin, exprimant ainsi de
manière inattendue ce qui unit ces deux oeuvres : le questionnement
du medium, terre ou fusain, et surtout le questionnement des
éléments et de leur transformation sous l’action du corps et sous
l’action du feu. La terre répond à sa manière et le bois (fusain) à
la sienne, nous donnant à palper du regard des textures très
organiques. Ces textures parlent des éléments qui les ont formées :
le velouté du fusain nous dit quelque chose du bois calciné qui a
été pressé contre le papier, travaillé en douceur ou en force dans
le processus du dessin ; la terre donne à sentir l’humanité des
mains qui l’ont pétrie et lissée, cassée parfois. Les oeuvres de
Siripoj et Isabelle nous parlent de nous à travers l’air, la terre,
l’eau et le feu qui sont dans notre propre corps.
Les deux oeuvres rendent très
visibles les accidents, le hasard, les résistances rencontrées par
les éléments dans le processus de travail, et c’est leur plus grande
force. Elles jouent aussi sur un rythme entre le blanc et le noir,
éveillant une musicalité des couleurs enrichie par les variations de
texture.
La figuration est présente mais elle
est très discrète, parfois la simple ligne d’horizon, juste là pour
donner un petit mouvement d’allant à l’imaginaire. L’inconscient
agit par l’océan partout suggéré. S’éveille un monde où tout semble
possible dans un espace sous-marin qui recèle l’inconnu.
Pas de réponses à nos questions dans
ces oeuvres, elles ne nous enferment pas dans les visions de leurs
auteurs. Mais une ouverture de nos propres questions, avec un
enrichissement de l’imaginaire et des sensations qui nous permettent
d’élargir notre pensée. Que voyons-nous vraiment ?
Les oeuvres de Siripoj et Isabelle sont si différentes et se parlent
pourtant, se murmurent des secrets, résonnent l’une dans l’autre.
Elles nous disent quelque chose de ce qui est vide et plein à la
fois, du rapport entre terre et ciel, de ce qui est connu
originairement et pourtant inconnu.
Marie-Dominique Kessler, août 2009