Transition

 

 

Siripoj Chamroenvidhya investit l'espace Ruine dans un dialogue d'artistes avec Luc Marelli. Un dialogue original qui se veut un processus organique de recherche, à la fois individuelle et en interaction avec l'autre.

 

Siripoj a souvent abordé le rapport au Réel par le dessin ou la peinture. Aujourd'hui, c'est par la photographie qu'il se met à l'écoute du monde. Ce passage à la photographie est-il un détour pour revenir au dessin ? Ce pourrait être aussi une longue étape dans le chemin artistique de Siripoj. Il s'agit pour lui d'abord d'une transition vers un nouveau médium, en quête d'un rapport renouvelé à  la pensée (si l'on peut considérer avec moi que l'art est un processus de pensée). Penser par la photographie ouvre des possibilités qui sont autres que celles du dessin, même si l'on retrouve dans ces photographies une tonalité propre à Siripoj dans toute son oeuvre. Voir l'horizon, voir ces ciels, ces paysages en tirage sur papier argentique, c'est les voir de manière radicalement nouvelle.

 

Or Siripoj ne se contente pas de nous montrer simplement ce qu'il a trouvé (au sens de trobar) , il propose aussi que ces vues soient perçues comme des images subliminales, c'est-à-dire qu'elles nous trouvent là où on ne les attend pas. Elles nous trouvent presque par accident et s'inscrivent en nous malgré leur retrait, ou peut-être grâce à leur retrait. Rares, inattendues, en interaction avec les gouaches de Luc Marelli, elles parlent d'abord par le contraste qu'elles provoquent. Elles parlent aussi par l'extraordinaire lumière qu'elles irradient. C'est en raison du dispositif qu'il met en place dans cet accrochage que Siripoj propose de regarder ses photographies un peu comme les images subliminales qui sont présentes de manière imperceptible dans les films commerciaux. Cependant, loin de nous emmener dans l'univers de quelque produit de consommation auquel sont vouées les images subliminales, ces images-là nous proposent d'aller voir le Réel au fond de soi, là où l'on est encore libre de rêver. On pourrait apprécier cette démarche comme une subversion du processus publicitaire, qui le détournerait pour nous ramener à notre profondeur plutôt que pour nous en éloigner. A la différence du subliminal en cinéma, cette démarche s'inscrit dans l'espace d'un mur, alors qu'un film s'inscrit dans le temps. L'exposition nous laisse le temps d'aller voir de près ce qui nous atteint de loin, et donc d'atteindre l'image consciemment. Il s'agit de vivre cette expérience du regard comme un phénomène d'exploration qui nous donnent matière à penser, et c'est bien là le projet des deux artistes en dialogue.

 

 

 

                                                                         Marie-Dominique Kessler, octobre 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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