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Claudia X. Lombana

au fond de la forêt se trouve…

Certains soirs, armée d’un appareil photo numérique, Claudia X. Lombana explore des périphéries et des lisières. Une exploration qui exige la solitude, dit-elle, pour éprouver juste ce qu’il faut de peur ou, mieux, pour laisser émerger les paradoxes de la peur face à la forêt, au crépuscule. Paradoxe, parce que cette appréhension, cette crainte, est imprégnée de la fascination du mystère, ou du défi, qui pousse à l’exploration, malgré tout. La sombre forêt est la scène qui voit l’errance d’une jeune fille trouvant enfin refuge dans la maison des sept nains, qui voit aussi l’astuce du Petit Poucet, c’est l’univers des contes pour le meilleur et pour le pire. La forêt, la nuit, c’est la palette des possibles de tous les risques, de toutes les rencontres. C’est la diminution de l’acuité du regard, tous les chats deviennent gris, relayée par l’odorat, par les oreilles, par le toucher. L’expé-rience d’une ballade dans la forêt, dans l’épaisseur d’un noir plus ou moins dense, c’est celle de l’exacerbation des sens qui oblige l’explorateur à deviner l’origine d’un bruit, d’une odeur, d’un effleurement, et qui le fait passer de la crainte au soulagement ou vice versa.

Cet affûtement des sens stimule la fantaisie, entendue comme capacité à produire de la fiction. C’est cette exploration que Claudia X. Lombana cherche à nous faire partager. Le soir, à la périphérie de Genève, à la lisière des forêts, elle laisse monter une légère crainte, juste de quoi aiguiser ses sens et sa curiosité. Elle cherche à capturer les atmosphères de l’entre-deux, à nous faire toucher des yeux le basculement dans le monde de l’imaginaire associé à la forêt et à l’obscurité. Au gré de ses ballades solitaires, elle se glisse derrière les arbres, juste à l’orée. Tournant son appareil vers l’extérieur, elle cadre la banalité du quotidien. C’est son regard qui fait basculer un poulailler éclairé par la lumière rouge du côté de la cabane au fond des bois, pour le meilleur et pour le pire. C’est son regard encore qui teinte d’une légère étrangeté un banal espace balisé par un éclairage public destiné à rassurer. Genève disparaît et laisse la place à un ailleurs indéfinissable, un ailleurs infiltré par l’imaginaire. Le spectateur est incité à participer à cette expérience du décalage par le format du photogramme. Un mètre sur soixante, les dimensions s’apparentent à celles de l’écran plat des nouveaux téléviseurs, une manière de convoquer le corps de celui qui regarde à entrer dans le monde de l’artiste sans être absorbé par l’effet de simulation spatiale du grand format ni par celui de distance, produit par des dimensions réduites, une autre expérience de l’entre-deux.

Diplômée de l’Ecole supérieure des Beaux-Arts de Genève, en 2004, Claudia X. Lombana, née en 1978 à Bogotá, s’intéresse aux traces, aux empreintes, aux atmosphères. Etudiante à la Haute Ecole d’arts appliqués de Genève, elle aimait déjà s’attarder, jusqu’à tard le soir, dans l’obscurité de la salle des moulages. Attentive, elle observait la métamorphose des corps de plâtre en personnages, en fantômes animés plus ou moins bienveillants. En 2004, avec la même curiosité patiente, avec cette même prédilection pour les révélations de l’obscurité, elle interrogeait, soir après soir, les traces de poussière et d’eau sur la verrière de la salle 44 de l’Ecole des Beaux-Arts. Le toit de verre est ainsi reconstitué par 27 photogrammes donnant à voir une carte du ciel insolite.

Ivonne Manfrini

Claudia X. Lombana

" Sans titre "

lambda print, 66 x 100 cm, 2005

 

 

Claudia X. Lombana

" Sans titre "

lambda print, 66 x 100 cm, 2005

 

 

Claudia X. Lombana

" Sans titre "

lambda print, 66 x 100 cm, 2005

 

 

Claudia X. Lombana

" Sans titre "

lambda print, 66 x 100 cm, 2005

 

 

Claudia X. Lombana

" Sans titre "

lambda print, 66 x 100 cm, 2005

 

 

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