dessin - quelques recherches contemporaines

 

 Qu’en est-il lorsque nous regardons, questionnons notre propre vue ? Que fait le dessin (ou la peinture) lorsqu’il questionne sa vue ?  Il fait le vide, se débarrasse de ses meubles (objets, formes, images), soudain jetés sur le trottoir ou mis à l’encan. Reste alors le corps et l’espace, leur relation quasi intime. Reste la main qui tient le crayon ou le pinceau et tâtonne le blanc de la feuille comme un autre chercherait un objet familier dans une pièce plongée dans l’obscurité totale. Alors on dirait, oui. On dirait. Et ce dire-là, qui soudain se lève lorsque vous regardez les dessins comme se lève le vent dans le dessin de Bruno Mathon (beaucoup de mouvement, de vitesse là-dedans), suscite des phrases en liberté, provoque la livrée du langage. Il a à voir avec la poésie qui est dans le langage comme le dessin est sous le crayon ou le pinceau (....)

 

Au tournant des années 1980-1990, avec la fin des écoles,  des regroupements formels et théoriques, de leurs sursautes et leitmotivs, il fut admis que la peinture pouvait être ce qu’elle voulait (ce qu’elle peut, à condition d’assumer et d’assurer cette liberté jusque dans son régime d’activité. Exemple : l’œuvre de Picasso. La plus libre du XXe siècle avec celle de Max Ernst. Et plus près de nous, mais toute autre : celle de Gerhard Richter). Qu’un peintre pouvait être aussi bien surréaliste le matin, tachiste l’après-midi, pop le soir, etc. Pourquoi pas. Cela n’est pas contestable en soi, mais au regard de l’Histoire, cela l’est. La continuité n’est pas solution en peinture dont la trajectoire est essentiellement écart, rupture. Aucune autorité savante n’est venue légitimer une telle voie de fait. Pas même les « grandes » figures  du post-modernisme. C’est le marché de l’art, et lui seul, qui s’en est chargé, selon la gestion du stock et de la polyvalence de l’approvisionnement, du jeu de l’offre et de la demande, mettant ainsi tout sur le même plan et tous au même niveau. Il est juste dommageable que beaucoup trop d’artistes croient œuvrer à de nouvelles aires dans le champ pictural, alors qu’elles ne sont que des effets de mode, bien loin de cette tradition vivante de plusieurs siècles : la peinture.

 

 (…) Quoique grand connaisseur de la peinture classique  - comme en témoigne son intense activité de critique d’art, notamment pour la Radio - Bruno Mathon l’a délaissé au profit d’une forme d’art où se manifeste l’être à vif et en retrait, là où se nouent ombre et lumière. Son seul dessin est celui qui ouvre sur un vide illimité, hors figuration, sur un fond perdu ou une scène primitive que l’artiste tente de retrouver. Refusant tout dessin ou toute peinture qui aurait pu, de près ou de loin, suggérer une figuration abusive, il a opté pour celle dont les possibilités – ou les impossibilités – d’expression tendent à suggérer la forme d’un « territoire inconnu, sans carte ni préalable » (les mots sont de lui).

 

 Ce que retient l’artiste de l’Imaginaire, l’Imaginaire pictural s’entend, est sa puissance paradoxale à creuser le monde afin de suggérer ce territoire inconnu. Bruno Mathon ne conserve qu’un énoncé pictural où l’image est dissoute dans la plénitude essentielle de ses lignes et de ses couleurs, comme si la matrice pesait de tout son poids sur la plus faible ligne jusqu’à ce qu’elle éclate, tourbillonne, serpente. En cette approche, on voit émerger quelque chose comme l’éperdu, la nostalgie même. Une accession à la forme la plus accomplie, car la plus « pleine » dans son  épure, en ses jeux de lignes, de strates, d’aplats (qui portent là si mal leur nom).

 

 A ce titre, le dessin et la peinture sont la recherche suprême, la figuration infigurable. D’une certaine manière, ils s’occultent dans le temps même où ils s’engendrent. Ils créent l’appel aigu au surgissement de lignes sans les formes, de formes sans les lignes, ils prennent de la hauteur tout en se chevillant, en se noyant aussi dans la matrice du papier ou de la toile. Tout d’un coup la réalité se décale, se dérobe mais aussi se dérobent la toile et le papier sans enrober vers un suspens dont l’artiste souligne toujours le possible décrochage, le possible mouvement là où quelque chose s’amorce, puis se fend, comme si le dessin et la peinture s’engouffraient dans cette fente. (…)

 

Lucas Hess, La traversée du dessin en solitaire, éd. La nuit A.D.E  2009

© dessin de Bruno Mathon

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Comme l’eau, avec laquelle il a de la ressemblance en général, l’espace semble être le résultat d’une liaison dynamique.

Novalis, fragment 408, « Cahiers d’études et feuillets de Freiberg », 1798-1799

La relation d’un corps à l’espace est la même que celle d’une chose visible à la lumière.

Novalis, fragment 414, «Brouillon général », 1798-1799

 Etre vivant dans l’espace, c’est être dans un rythme que notre corps perçoit et crée sans cesse, que nous en soyons conscients ou non. Le rythme est partout : dans la couleur, dans les structures des tissus animaux et végétaux, dans le battement des cœurs, dans la pulsation du sang et de la terre, dans la poussée des masses rocheuses, dans le mouvement des étoiles, dans le feu, dans l’eau, dans le vent, dans les nuages. Tout ce qui se meut crée du rythme ou naît du rythme. L’écriture elle-même est rythme signifiant, le dessin est rythme aussi. Mais le dessin dit quelque chose qui n’est pas encore le dit de l’écriture. Il est le rythme d’avant l’écrit, celui des fugaces perceptions multiples que nous recevons du dehors et du dedans. Fragments d’intensité colorée ou vibratoire qui nous transforment et nous portent au long de nos jours et de nos nuits. Il est écoute de cette musique imprévisible, de ce mouvement insaisissable qui est  partout là où nous sommes et qui très singulièrement nous dit, me semble-t-il, quelque chose de ce que nous sommes.

Marie-Dominique Kessler, Rythmes, 2010

  

© dessin de Marie Dominique Kessler, crédit photographique : Fausto Pluchinotta

 

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Une étoile n’a pas besoin d’être nommée pour briller

 

Ni les étoiles du fond du firmament,

Ni les toiles nocturnes

Qui font le cinéma des salles de jour

Ne sauront dire jamais

Le vertige irrépressible,

Irrésolu, irrésistible

De la fascination que représente

Un astre qui brille encore

Alors qu’il est mort depuis longtemps.

 

Dès lors comment s’étonner, d’un peintre à la palette glacée de bleu,  qui après avoir peint pendant deux ans des galaxies, a fini par écrire humblement en petits caractères sur un très grand tableau représentant toutes les étoiles connues jusqu’alors scientifiquement : « J’espérai l’extase, je n’ai eu qu’un supplément de détachement. » 1) Siripoj Chamroenvidhya a levé son regard vers le ciel un peu de la même manière, après avoir contemplé principalement, voir obstinément la ligne de l’horizon dans de très nombreuses œuvres. De cette trajectoire céleste il nous rapporte alors des images d’un noir qui lui est cher et toujours en appel de lumière.

« L’étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles » disait Rimbaud. Et Nerval, quant à lui écrivait « Ma seule étoile vit. »  Siripoj Chamroenvidhya a pris le parti d’en dessiner la multiplicité tant il est vrai qu’une étoile n’a pas besoin d’être nommée pour briller.

 

                                                                                              Joseph Farine

 

1) Jacques Monory

 

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Christelle Montus

"Tombé du ciel"

 

46°12'12"N  06°08'17"E

19.04.2007  18:00:00

Le 19.04.2007 à 18:00:00 CEST (16:00:00 UTC), sur le sol du laboratoire d'art contemporain Andata.Ritorno, dont les coordonnées géodésiques sont 46°12'12"N 06°08'17"E, un instantané est TOMBé DU CIEL.

Christelle Montus représente ce moment éphémère qu'est à cet instant la chute du firmament sur la galerie. Pour ce faire, elle déverse des pigments comme une pluie d'étoiles. La couleur noire représente le fond infini de l'univers. Dans ce décor brillent les galaxies, les étoiles et les planètes, matérialisées par un saupoudrage de pigments et de paillettes aux teintes multiples. Cette œuvre circulaire, d'un diamètre de quatre mètres, s'articule autour du pilier central. La galerie est plongée dans la nuit sidérale, seule l'installation est illuminée.

Christelle Montus travaille les pigments depuis 1998. Ces œuvres sont des huiles sur toile saupoudrées de pigments. A partir d'une toile brute, elle peint un fond noir. Instantanément et avant tout séchage, elle tamise des pigments et des paillettes de différentes couleurs que la peinture à l'huile fraîche capture.

Inspirée depuis son enfance par la vision nocturne du firmament étoilé, Christelle Montus n'a cessé de rêver à ce que pourrait être une représentation artistique de l'Univers en expansion. Grâce à son travail pictural, elle a imaginé pouvoir symboliser ses visions cosmiques sur la toile.

Christelle Montus - "Tombé du ciel" - Installation éphémère - Andata.Ritorno

http://www.christellemontus.com/

 

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Pierre Ferrariri

 

« dessin cinématique »

164 plans / 15.03.2007

 

vue partielle de l’exposition, Fondation pour l’art contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon, 2008

photo : Olivier Zimmermann

 

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