écriture – questionner la tradition

 

Extrait de :  Jacqueline Risset, Dante écrivain ou l’Intelletto d’amore, éd. du Seuil, 1982

 

Le problème de la langue est si vital, chez Dante, que lorsque son écrit s’en approche - en poésie ou dans les proses critiques – le tissu du discours brusquement s’anime et s’électrise. A ce problème, précisément celui de l’écriture poétique en langue vulgaire déjà abordé dans les passages théoriques de la Vita Nuova, il consacre en traité en latin, le De Vulgari Eloquentia. (…)

 

Et il est vrai que Dante est le premier à utiliser la langue vulgaire pour un poème très long et d’une très grande ambition, le premier aussi à avoir pris la décision préliminaire « d’investir d’intérêt conceptuel  la réalité encore fluide et non régularisée des vulgaires et de leurs institutions littéraires », c’est-à-dire de transférer au vulgaire le bagage des notions linguistiques et réthoriques élaborées à l’usage du latin par la tradition.

 

Mais c’est réduire considérablement la stature de Dante- de Dante poète et de Dante linguiste – que de voir dans cette opération conceptuelle une action patriotique de fondation unitaire. D’abord parce que l’euphorie de la référence patriotique, justement, voile la hardiesse de la décision. Dans la conception linguistique de Dante ( qui se révèle constamment d’une modernité déconcertante et, en certains points, comme celui-ci, imprégnée de croyances qu’on pourrait appeler  «  pré-galiléennes »), le latin était la « grammatica », langue fixe et incorruptible, non soumise à l’usure du temps, alors que les langues vulgaires, elles, portaient toutes visiblement en elles le germe de la mortalité manifesté par une corruption progressive et inéluctable. Choisir contre le marbre latin, assuré de survie, la matière périssable, le tuf des vulgaires, assumait donc le sens d’un geste infiniment risqué.

 

*****

Figurer  tel homme, telle femme, mais non pas l’homme, ni la femme. – Le sujet : ce terrain donne sur la mer, la mer sur le ciel, le ciel sur moi. Que vois-je ? Mon œil boucle-t-il cette ceinture ? Je suis loin de ce miroir et grand, je suis loin dans ce miroir et si petit. Quelle est, à ma taille sans cesse en mouvement, sans cesse différente, la taille du monde ? Autant prendre la taille de l’eau. -  Les rapports entre les choses, à peine établis, s’effacent pour en laisser intervenir d’autres, aussi fugitifs. – Rien ne se décrit suffisamment, rien ne se reproduit littéralement. La vanité des peintres, qui est immense, les a longtemps poussés à s’installer devant un paysage, devant une image, devant un texte comme devant un mur, pour le répéter. Ils n’avaient pas faim d’eux-mêmes. Ils s’appliquaient. Le poète, lui, pense toujours à autre chose. L’insolite lui est familier, la préméditation inconnue. Victime de la philosophie, l’univers le hante. « C’est un homme ou une pierre ou un arbre qui va commencer le quatrième chant. » (Lautréamont). (…)

La ressemblance niant l’universel, on ne fait pas le portrait de l’homme. C’est un homme qui parle pour l’homme, c’est une pierre qui parle pour les pierres, c’est un arbre qui parle pour toutes les forêts, pour l’écho sans visage, seul à subsister, seul, en fin de compte, à avoir été exprimé. Un écho général, une vie composée de chaque instant, de chaque objet, de chaque vie, la vie.

                       

                                                                                  Paul  Eluard, Physique de la poésie I, 1939

 

 

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