ArtSites.ch  espace d’artistes contemporains

 

                                     

 Le dessin trouve sa surface dans un espace limité, plus ou moins, aux dimensions de la page A4. Ici et là, quelques allusions furtives mais directes au monde et à ses modes de représentation, bien que, pour l’essentiel, se développent des formes courbes, évocations organiques, sommaires ou schématiques, et d’une parfaite planéité.

Peu de couleurs franches, des tonalités délavées ou assourdies (même celle du support papier). L’énergie est ramassée dans le trait, gras ou maigre, solitaire ou foisonnant en des champs de ratures serrées qu’orientent d’évidents tropismes… Partout économie (mais pas avarice), retenue (pas d’inutile secret), tension (sans aucun effet de dramatisation).

Le pari du dessin est tenu jusqu’au bout ; cela n’empêche pas les formes de prendre de l’épaisseur.

On entre dans la sculpture. Peu de matières : la cire mêlée de paraffine et de carnauba, là où le dessin multipliait les moyens (craie grasse ou maigre, crayon, fusain, etc.). Les pièces sont toutes moulées, légèrement opalescentes, à peine teintées, et plus franchement organiques. La sculpture ne clarifie pas le dessin - il n’en a pas besoin - mais reprend à son compte les hypothèses qu’il explorait pour les soumettre à de nouvelles procédures de vérification.

 

H. L.

 

 

In « Les vrais durs ne dansent pas », catalogue des diplômes 2006, Ecole Supérieure des Beaux-arts de Genève, 2006, p.233

 

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«  Deux ou trois choses que je sais d’elle »1

 in "Endogamie", OBzine #44, Genève

 

Barbara Yvelin est une jeune femme qui s’interroge et questionne ce qui l’entoure, préoccupée par les notions de créativité, d’art et d’artiste, et ce depuis une dizaine d’années : d’abord au collège (option artistique), puis aux Beaux-Arts où elle a obtenu son diplôme, et actuellement à la HEAD où elle s’initie à la céramique.

 

Elle travaille sur la création avec une progression et une maturation qui commence à prendre une formulation artistique pertinente. L’éducation, la formation, l’environnement culturel, entre autres, peuvent limiter la démarche créative. Mais Barbara est en train de s’affranchir, de démanteler un certain nombre de pseudo contraintes qui, à mon avis, souvent ne mènent nulle part.

 

Cette formulation, qui a des côtés fragiles et éphémères de par l’utilisation de gammes restreintes de couleur et de matériaux pauvres, dénote, à mon avis, de la difficulté pour des jeunes artistes comme elle, de se positionner aujourd’hui d’une façon plus vaste par rapport à la société, à ses contraintes et à ses incohérences et par rapport au monde et à ses absurdités.

 

Lors de son exposition à l’Arquebuse2 Barbara a présenté des nouveaux dessins sur papier qui ont beaucoup gagné en liberté et qui se sont affranchis de contraintes intellectuelles liées à des interrogations telles que  « Est-ce bien de l’art ? », « Est-ce que cela vaut vraiment quelque chose? ». Un gain de liberté supplémentaire est apparu au niveau du volume3, avec une prise de distance parfois ironique ou apparemment légère, mais en utilisant un support technique de qualité.

 

La production artistique doit-elle être liée à l’artiste créateur comme une extériorisation de quelque chose d’intime donc de rattaché à son quotidien ou doit-elle déboucher sur la fabrication d’un produit de consommation ? Barbara est, je crois, en train actuellement d’explorer le territoire de son quotidien avec une approche qui gagne de plus en plus en universalité et en poétique. 

 

Cette                           Ouverture, fragile, sur le futur, s’est concrétisée récemment par l’événement « Signe particulier : a vécu chez ses parents jusqu’à l’âge de 24 ans »4 qui aurait pu être une simple pendaison de crémaillère ( de son nouvel appartement ) mais qui de par la projection d’un film5 choisi avec une attention particulière dans son bagage cinématographique que je qualifierais d’important, et l’accrochage d’une exposition collective6 dans laquelle elle présentait également ses travaux - anciens et récents – est devenu un événement qui a donné lieu à une véritable création artistique.

 

Dans cette notion large d’« œuvre », Barbara Yvelin a devant elle une vaste exploration possible de domaines qui lui tiennent à cœur depuis déjà bien longtemps. 

 

Andrea Gabutti, plasticien

 

1 Selon le titre du film de Jean-Luc Godard, 1966

2 « Bubblegum », avec N. Robbe, exposition, 13-16 octobre 2006

3 Porcelaine, spary acrylique rose, 12x10x2 cm

4 Vendredi 1er décembre 2006

5 « Domicile conjugal » de François Truffaut, 1970

6 « Collection, acte 1 »